La chronique historique « signée Donec » : 14-18 la fin des paysans

Le 11 novembre 1918 le clairon Octave DELALUQUE sonne la fin des combats de la grande guerre. L’holocauste commencé quatre ans plus tôt se terminait enfin. La médiocrité des hommes politiques poussés dans le dos par une élite bravache allait faire payer l’impôt du sang à la paysannerie française.

Loin des discours enflammés des Barrès et autres Déroulède, nos paysans menés sabre au clair par les « hussards noirs » de la République découvrirent bien vite que la guerre fraîche et joyeuse n’existait que dans les pages du « Gaulois », du « Temps » ou de « l’Action Française ». Pour connaître le quotidien de nos grand-pères au front, plongeons- nous par exemple dans la lecture des « Carnets de Guerre » de Louis BARTHAS, tonnelier à Peyriac-Minervois. Il évoque la guerre sans fard ni lyrisme. Mais n’oublions pas que tous ne sont pas à la même enseigne, la vie est beaucoup plus décontractée pour les embusqués de toutes sortes.

Selon le caporal BARTHAS le poilu ne se battait pas pour ruiner l’Allemagne ou pour reprendre l’Alsace et la Lorraine, il se battait par honnêteté, par habitude, par force, il se battait parce qu’il ne pouvait pas faire autrement. Bref son imaginaire relevait plus de la chanson de Craonne que de la Marseillaise.

Malgré l’inhumanité de cette guerre que le « bonhomme » ressentait profondément, il a tenu bon. S’il s’est parfois révolté contre des chefs incapables et féroces c’est qu’il en avait vraiment plein la musette. Mais jamais il ne lâcha prise et n’abandonna son poste.

En tout cas dimanche avec mes amis nous saluerons la mémoire de ces braves paysans de France, nos grand-pères, qui ont tant donné pour leur chère patrie.

La chronique historique « signée Donec » : Un homme de caractère Martin Dauch

Le serment du jeu de paume s’inscrit dans la geste révolutionnaire au même titre que la prise de la bastille ou la nuit du 4 août.

Nous sommes à Versailles par une triste journée pluvieuse. Les représentants du Tiers-Etats sont convoqués à l’hôtel des menus-plaisirs, siège des états généraux. Mais à l’heure dite, ils trouvent porte close et un détachement des gardes-françaises en condamne l’accès. La salle doit en effet être décorée pour une séance que le roi présidera.

« Au jeu de paume ! » s’écrit le docteur GUILLOTIN célèbre médecin parisien. Voilà donc les six cents députés qui se dirigent, tous très excités, vers cette salle qui servit aux ébats sportifs de Louis XIV et du Dauphin. Bailly est désigné président de séance. Mounier député de Grenoble propose que tous les membres présents fassent serment de ne jamais se séparer, de se réunir partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la constitution du royaume sait établie et affermie sur des fondements solides. Tous sont invités à prêter serment. Le désordre et l’enthousiasme sont indescriptibles.

C’est dans ce vacarme que Martin Dauch, député du baillage de Castelnaudary se dresse : « Mes électeurs ne m’ont pas envoyé pour insulter et déchirer la monarchie, je proteste contre le serment adopté ! ».

On essaye de le faire changer d’avis mais il tient bon et inscrit à coté de son nom le mot « opposant ». C’est l’indignation. Considéré comme traitre, il ne doit la vie sauve qu’à la présence d’esprit d’un huissier, Guillot qui le fait disparaître par une porte dérobée.

Le lendemain Bailly tentera bien de le faire revenir sur sa décision mais c’est un échec. On lui conseille de ne pas paraître à l’assemblée mais l’homme est courageux, il n’en a cure.

Quand Louis XVI se rend à l’assemblée pour donner son agrément à la Constitution tous les députés restent assis, chapeau sur la tête en signe de protestation. Un seul se lève et se découvre : Martin Dauch.

De retour à Castelnaudary il se désintéresse de la politique. Pourtant les vrais sans-culottes l’ont dans leur collimateur et tentent de l’assassiner. Il déménage à Toulouse où il est arrêté et mis en prison. Fâcheux présage me direz-vous. Heureusement son nom est orthographié « Martin d’Auch ». Les recruteurs du bourreau pensent alors qu’ils ont affaire à un pauvre type natif de cette ville.

Après la terreur il rentre chez lui pour mettre en valeur le domaine familial sans rancune pour ses anciens collègues. Il mourra en 1801.

Si l’on observe le tableau de David, alors fougueux révolutionnaire, on découvre Martin, les bras croisés, assis, la tête inclinée sous le poids de la honte qu’assurément il n’éprouvait pas.

La chronique historique « signée Donec » : 1962 terreur à Oran

La colonisation française fut à bien des égards un aimable apartheid. A l’inverse des Anglo-Saxons qui méprisaient absolument les « natives », les Français aimaient la population musulmane. Ils pensaient l’avoir sortie de la barbarie et de l’obscurantisme en lui apportant un vernis civilisateur.

Malheureusement cet amour n’était pas réciproque et beaucoup cachaient une haine inextinguible amplifiée par « l’injuste colonisation ».

Comme la violence est accoucheuse de l’Histoire toute une jeunesse algérienne allait se jeter dans une guerre révolutionnaire où les plus malins allaient se tailler des empires et les autres une place à la droite d’Allah.

Le général de Gaulle tout à ses rêves de modernisation du pays se désintéressa de l’affaire, laissant les Pieds Noirs à leur misère et leur vie brisée.

Le « printemps de l’indépendance » fut particulièrement douloureux pour les « Européens d’Algérie », les exactions du FLN annonçant des lendemains difficiles.

L’ultime explosion se produisit le 5 juillet 1962 à Oran quand la populace déchaînée, mêlée aux « libérateurs » laissa libre cours à sa folie meurtrière. Ce n’était au demeurant que l’expression traditionnelle de l’optimisme révolutionnaire. Nous avons tous connu ça.

Dans cette atmosphère de fin du monde, la garnison resta l’arme au pied. Le général Katz responsable du secteur d’Oran se moquant comme d’une guigne de ce qui se passait sous ses fenêtres. Il attendait les ordres.

Cela n’empêchera pas ce personnage controversé, parti de rien, de poursuivre une carrière brillante qui le verra accéder aux plus hautes distinctions.
Pour la petite histoire, il avait mis aux « arrêts de rigueur », le 11 juillet 1962, le lieutenant Rabah KHELIFF coupable d’avoir fait libérer des geôles FLN des centaines de prisonniers européens.

La chronique historique « signée Donec » : Vito Dumas et son Legh II

Moitessier et son Joshua, Tabarly et son Pen Duick tout le monde connaît, mais Vito Dumas et son Legh II c’est une autre histoire !
Pourtant le personnage vaut le détour. Né en 1900, Argentin, sportif accompli, il se distingue par une force morale peu commune. Il allait le prouver en accomplissant quelques exploits.

En 1931, après l’échec d’une tentative de traversée de la Manche à la nage, nous le retrouvons à Arcachon. Pour retourner au pays, par manque de moyens, il y achète un voilier de 1912 à l’abandon, Legh. En dépit de l’état lamentable du bateau et de son inexpérience de navigateur en 76 jours il atteint Buenos Aires le 11 avril 1932.

Mis en jambe par ce premier voyage, il décide de réaliser un tour du monde par les latitudes australes avec son Lehg 2, ketch marconi de 9.5 m de long. Son appareillage a lieu le 27 juin 1942 date qui se situe, comme chacun sait en pleine seconde guerre mondiale.

Pour corser la fête, il choisit de faire route au niveau du 40ème degré de latitude sud, haut lieu de tempêtes permanentes. S’il est un peu secoué, le trafic est faible et offre donc une certaine sécurité. Les sous-marins et les convois s’étripent plutôt dans l’Atlantique Nord. Un petit voilier battant pavillon neutre ne pouvait intéresser les belligérants. En plus ne disposant pas de TSF, il ne risquait pas d’être accusé d’espionnage.

Pour se faire idée de l’envergure du personnage, voici une petite anecdote. Au début de la croisière une voie d’eau se déclare à un endroit difficile d’accès. En la réparant il se blesse aux mains et ses blessures s’infectent (le bâtiment est particulièrement malpropre). L’état de la mer lui interdit de faire bouillir de l’eau et les médicaments dont il dispose sont peu efficaces. Son bras enfle démesurément l’entraînant inexorablement vers la gangrène et la mort. Il envisage alors le plus sérieusement du monde de s’auto-amputer le bras au niveau du coude. Pourra-t-il alors survivre ? Pourtant un abcès qui s’était formé se perce spontanément, purgeant l’infection. Il ne manquera pas de curer la plaie avec le poinçon de son couteau et vogue la galère.

A son retour le 7 novembre 1943 il sera accueilli comme un héros en Argentine. Le tour du monde accompli fut l’un des plus courts mais aussi l’un des plus durs, il fut par ailleurs le premier à doubler le Cap Horn en solitaire et à avoir survécu.

Après SLOCUM mais avant CHICHESTER, MOITESSIER et tous les fils et filles de TABARLY, il a navigué seul dans des conditions extrêmes avec des moyens misérables. Il a pourtant taillé sa route et survécu, pour cela il mérite notre admiration.

Il tira de son exploit plusieurs livres dont « seul cap sous la Croix du Sud » et « seul par les mers impossibles » qui ne lui apportèrent pas la fortune. Dans son pays, l’Argentine, Il est aujourd’hui bien oublié.

La Chronique historique « signée Donec » : Mai 1940 Henri de Levis Mirepoix raconte

En 1940 l’aéronavale est équipée d’appareils obsolètes et brinquebalants. C’est sur ces machines souvent mal conçues qu’ils affrontent les allemands. Il leur faut un courage extrême pour aller au combat et y subir des pertes épouvantables.

Le capitaine de vaisseau Charles Henri de Lévis Mirepois affecté à l’escadrille AB1 équipée de Chance Vought 156 évoque quelques souvenirs.

« Une fois cependant, je vis un sous marin en surface qui battait pavillon Hollandais ; c’était en février 1940. La lumière était claire, il était dix heures du matin, à quelques milles de la côte hollandaise. Sur le pont l’équipage agitait ses bérets. Alors on bombarde ou pas ? Ruse de guerre ou vérité ? Ni moi ni mon coéquipier ne pûmes nous résoudre à attaquer cet équipage qui ne tirait pas sur nous. Trois heures à peine après notre retour et notre compte rendu évidemment transmis sans délai jusqu’aux P.C. les plus élevés, ordre est donné à tout l’escadrille de partir immédiatement à la recherche dudit sous marin, « la marine hollandaise, questionnée, ayant répondu quelle n’avait fait sortir aucun navire dans la zone. » [?] Je rencontrai, à l’arsenal de Philadelphie en 1943, un officier Hollandais qui avait été à bord dudit sous-marin, et il était absolument certain que nous l’avions attaqué? et manqué « il avait vu les bombes tomber ». Je ne pus le convaincre ; nous nous sommes quittés froidement?

« Les allemands ont beaucoup de canons de campagne, les pertes et les destructions sont lourdes. J’ai entendu dire que l’artillerie anglaise dans le secteur de Boulogne, Calais, Dunkerque faisait preuve de mollesse, alors que l’aviation et la marine Britanniques ont montrés en toutes circonstances, un mépris du danger et, vis-à-vis de nous, une camaraderie de combat qui commande l’admiration. Trois torpilleurs Anglais sont entrés dans le port de Boulogne, malgré un feu nourri, pour canonner les parties de la ville aux mains des Allemands, un de ces torpilleurs en flammes est sorti en marche arrière tout en continuant à tirer ».

Le 25 mai L’amiral Darlan vient à Cherbourg il a réuni les officiers pour une distribution de croix de guerre « tout va bien, dans les 48 h les Allemands seront coupés de leurs arrières et recevront une purge dont ils se souviendront ».