La chronique historique « Signée Donec » : Un Sacré Type

Parmi les maréchaux  de Napoléon l’un d’entre eux attire particulièrement notre attention : Jean Baptiste BERNADOTTE. L’historiographie française, pas chauvine pour un sou en fait le parangon des traîtres. Comment peut-on devenir roi de Suède et s’empresser de donner quelques coups de poignard dans le dos de l’empereur si l’on n’appartient pas à ce gang de réprouvés ?

Pourtant à y regarder de plus près, le personnage est fascinant. Il illustre l’exceptionnelle promotion dont la Grande Révolution a eu le secret. Elle fait du fils d’un obscur juriste béarnais un maréchal d’empire puis le souverain d’un grand pays d’Europe. En 1791 il est lieutenant, mais à l’issue de la bataille de Fleurus par la grâce du général Jean Baptiste KLEBER le voilà général de brigade. Deux mois après il est général de division.
De haute taille, BERNADOTTE est bel homme. Ses contemporains le présentent comme un séducteur que les femmes s’arrachent. Son charme lui permet de gagner la sympathie de ceux-là même qui lui étaient hostiles.

Nous ajouterons qu’il était de mœurs faciles, attentif aux plus modestes et juste. Dans son commandement  Il ne tolérait aucun manquement à la discipline et ses troupes ne se livraient à aucune exaction ni pillage très à la mode en ce temps-là. Envers les vaincus, il se montrait toujours magnanime.

C’est ce comportement qui allait lui ouvrir les chemins de la fortune.

Ainsi au siège de Lübeck, il se comporte, avec une particulière  humanité vis-à-vis des Suédois et de leur chef le comte Gustav MORNER. Celui-ci ne l’oubliera pas.
Ce royaume traverse une période difficile, les souverains se succèdent, démis par un parlement qui ne s’en laisse pas compter
Les Suédois souhaitent voir un proche de l’Empereur Napoléon accéder au trône afin de rétablir une puissance militaire flageolante. C’est le frère du comte Gustave MORNER qui se rend à Paris à la recherche d’un souverain. Il rencontre les maréchaux MASSENA et Eugène de BEAUHARNAIS. Ils refusent. BERNADOTTE accepte, les jeux sont faits.

Concernant ce choix, les Suédois sont pour le moins circonspects. Mais  la promesse d’un financier Français, Jean Antoine FOURNIER, d’annuler les dettes et de distribuer des sommes importantes arrondit les angles et le parlement s’incline.

Il est couronné en 1818 et devient KARL XIV JOHAN. BERNADOTTE va mettre en pratique un idéal de paix qui durera 200 ans. Il a ouvert pour son pays des perspectives économiques et sociales dont nous avons toutes les raisons d’être jaloux.

J’oubliais. L’amour ne perd jamais ses droits. Il épousera en 1798 la belle Désiré CLARY que Napoléon distingua et que Sacha GUITRY ne manqua pas d’évoquer dans ses œuvres.

La chronique historique « signée Donec » : La Grande Russie

Au début du siècle dernier l’Etat russe atteint un intéressant niveau de sclérose. Il s’apprête a vivre un siècle d’abominables aventures révolutionnaires. En attendant il est en guerre contre le Japon.

La marine russe est très inégalitaire, une bande d’aristocrates mène d’une poigne de fer un équipage de moujiks. Le 21 octobre 1904 la flotte de la Baltique fait route vers Port-Arthur pour renforcer celle d’Extrême-Orient. Il fait nuit. Nous sommes au large de l’Angleterre, en pleine mer du nord, le navire-atelier Kamtchatka qui ferme la marche des 45 navires signale qu’ils sont suivis par plusieurs bâtiments dont les feux ne sont pas règlementaires.

Branle-bas de combat dans l’escadre, les Japonais attaquent !

L’amiral ROJESTVENSKY ne barguigne pas et fait ouvrir le feu pendant 20 minutes. Après avoir fait cesser le feu, on allume les projecteurs et surprise les destroyers japonais ne sont que de paisibles pêcheurs anglais. Heureusement que les canonniers russes tirent mal. Il n’y aura chez les Britanniques que deux morts et six blessés.

Comble de malchance, les croiseurs russes Aurora et Dmitrii Donskoi sont pris à partie par leurs coreligionnaires. L’aumônier et un matelot sont tués. Le cuirassé Oryol a de son côté tiré 500 obus en pure perte.

Non content d’avoir mis à mal les chalutiers anglais l’amiral ROJESTVENSKY abandonne les naufragés à leur sort.

Orage à Londres !

Sous la pression diplomatique une enquête internationale est menée. L’escadre doit relâcher à Vigo pour s’expliquer avant de poursuivre sa route vers son anéantissement total à la bataille de Tsushima.

Pour conclure c’est avec ces couillons, dit le « rouleau compresseur russe » que dix ans plus tard, le président Poincaré a la bonne idée d’affronter l’Allemagne. Nous n’avions peur de rien en ce temps-là.

La Chronique historique « signée Donec » : Alexandre Henri Nadault de Buffon

La société Nationale de Sauvetage en Mer vient de fêter son cinquantenaire. Chacun a conscience du rôle essentiel de cette association, présente 24h sur 24 et 365 jours par ans pour venir en aide à ses frères marins malchanceux imprudents ou maladroits.

Cette belle organisation est issue de la fusion des Hospitaliers Sauveteurs Bretons et de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés. Cette dernière fut portée sur les fonds baptismaux par des personnages prestigieux : l’impératrice Eugénie, Napoléon III et l’amiral Rigault de Genouilly.

Aujourd’hui nous allons plutôt évoquer le souvenir de celui qui fut à l’initiative des Hospitaliers Sauveteurs Bretons : Alexandre Henri Nadault de Buffon.
Naturellement nous ne le confondrons pas avec son grand oncle Louis-Leclerc, Comte de Buffon entomologiste et maître de forges.

Le jeune Henri reçoit de son père le goût de l’ordre et de sa mère un authentique don littéraire, une imagination vive et généreuse sans oublier une profonde religiosité.

En 1848 la révolution éclate, il a 17 ans. Le 22 juin, une manifestation dégénère sous ses fenêtres. Son père est en mission. La garde Nationale est refoulée, il saisit les armes qu’il trouve, rejoint la Garde et fait le « coup de feu ». Il sera trois fois blessé. Pour cette action le voilà promu au grade de chevalier de la Légion d’Honneur.

La paix revient et l’Empire s’installe, en 1852 il est licencié en droit et entre dans la Magistrature.
Installé à Chalon sur Marne, le 21 mars 1861, il sauve de la noyade un malheureux qui se débat et manque de le noyer. Il obtient pour cet acte de courage la médaille d’or du sauvetage. Sa générosité est sans limite. Il apprend qu’un amoureux éconduit a tenté de se suicider, Il se rend chez la belle et la persuade de revenir sur sa décision. Ce qu’elle fait.

Un orateur né je vous dis !

A 36 ans il est nommé Substitut du procureur de Rennes, avancement brillant voire exceptionnel. Pourtant cet homme reste ouvert aux humbles. Il n’hésite jamais à effectuer des démarches en leur faveur. Cela ne l’empêche pas d’être aussi intransigeant avec ses principes au risque de nuire à sa carrière.

Il se bat aussi pour l’abrogation de la loi du 30 juin 1838 qui autorise l’internement d’un individu en asile psychiatrique sur la foi d’un seul certificat médical. Nadault de Buffon réclame qu’il soit contresigné par deux autres confrères. La réprobation est générale mais cette loi ne sera abrogée qu’en 1968.

Malheureusement en 1872 sa vue s’obscurcit et sa cécité devient totale.

Cinq ans avant son départ en retraite, se promenant sur la grève à Saint Malo l’idée lui vient de faire quelque chose pour ceux qui se consacrent à sauver la vie des autres en danger de mer.

Il mettra quatre ans à élaborer les statuts de la Société des Hospitaliers Sauveteurs Bretons, son but étant de leur donner les moyens nécessaires à leur action.
Après un début difficile, des liens étroits vont se nouer avec la Société centrale de Sauvetage des Naufragés comme avec les milieux maritimes français et étrangers. A sa mort la société à largement dépassé le cadre des départements bretons. Elle allait poursuivre son développement jusqu’à sa fusion en 1967et devenir partie prenante de la Société Nationale de Sauvetage en Mer.

Comme il le disait, voyant son succès malgré les épreuves « Si Dieu avait frappé l’ouvrier, il s’était plu à bénir son œuvre ! ».

La Chronique Historique « signée Donec » : La folie des hommes

Une vraie catastrophe ne s’improvise pas, elle est faite d’une succession de fautes, de mensonges, de légèretés, de maladresses, d’économies malvenues.  Nous reconnaîtrons pourtant que le résultat dépasse souvent les espérances. Enfin cerise sur le gâteau les coupables, s’ils n’ont pas la mauvaise idée de se suicider ne sont pas vraiment inquiétés.

Prenons par exemple le drame du Vajont. En 1956 l’Europe s’électrifie à grand frais. Il faut faire fonctionner les joujoux d’une société de consommation en plein développement. L’Italie n’échappe pas à la règle et l’édification de barrages hydro-électrique va  bon train. Prenons celui du Vajont, au nord de Venise, au pied de  la montagne du Toc. Après des études géologiques  menées à la bonne franquette par des géologues complaisants, la construction commence. Le terrain de la montagne du Toc n’est absolument pas stable et d’emblée la situation va devenir inquiétante. Ainsi le 4 novembre 1960 un premier glissement de terrain entraîne une mise en eau moins ambitieuse. Les riverains s’inquiètent d’autant plus qu’une journaliste de l’Unita pousse des cris d’orfraie, repris en cœur par les habitants de la vallée. Certains, persuadés de l’éminence du drame ont quitté leur village.

Le 22 octobre 1963 vers 23 heures un glissement de terrain fait s’écrouler deux cent soixante millions de mètres cube dans le lac. Deux gigantesques vagues de plusieurs millions de mètres cubes d’eau se forment alors. La première passe par-dessus le barrage et dégringole la vallée. La seconde la remonte, se fracasse sur la montagne et redescend avec plus de violence encore. Ces vagues de cent cinquante mètres de hauteur emportent tout sur leur passage. Près de 2000 habitants périssent dans cette catastrophe.

Heureusement les responsables de la construction du barrage seront traités avec une mansuétude bien naturelle. Il y aura bien un suicide, mais l’ingénieur en chef du projet,  jugé en 1977 écopera d’une peine de cinq ans de prison. Heureusement il bénéficiera d’une mesure de grâce au bout d’un an.
Tout est bien qui fini bien.

Un film  intéressant retrace le drame : « la folie des hommes » (en italien : la diga del disonore),  Il a été réalisé par Renzo Martinelli en 2001.

La Chronique Historique « signée Donec » : Pékin Paris

Pékin Paris - 1 -

Les Français ont une haute idée du génie de leur race, malheureusement cette modestie leur joue parfois des tours.

La course Pékin Paris de 1908 en est un bon exemple. Ce raid, le premier du genre est du à l’initiative du journal le « Matin » mais tous y voient la main du Marquis De Dion. Son objectif est de révéler à la face du monde la supériorité de l’industrie automobile française et de ses productions.

S’il y eu 45 inscriptions ce sont seulement cinq courageux qui s’élanceront de Pékin pour la grande aventure. Il y a L’Itala du Prince Scipion Borghèse monstre de 7 L de cylindrée, deux De Dion Bouton, la Spyker Hollandaise de Charles Godard et un tricycle incertain, le mototri Contal de Pons. La notion de compétition passe au second plan remplacée par l’entraide et la convivialité entre participants.

Le prince Scipion Borghèse, condottière et grand seigneur a tôt fait d’imposer aux autres un rythme qu’ils ne peuvent suivre et s’échappe.

Pékin Paris - 3 -

La Spyker tombe en panne d’essence, les De Dion qui pouvaient la ravitailler l’abandonne à son sort. L’équipage attendra les secours une journée en buvant l’eau du radiateur par une température de 45°. Le plein fait, il mène un train d’enfer et rattrape les Français. A Irkoutsk Le Condottière a deux jours d’avance sur ses concurrents, il affronte la boue, les marais, les ponts de bois qui s’écroulent, suit les rails du Transsibérien, contourne le lac Baïkal.

Pékin Paris - 2 -

 

 

La Spyker donne ses signes de fatigue, la magnéto rend l’âme et la transmission ne vaut guère mieux. Incapable de poursuivre, Godard télégraphie à l’usine, et rapatrie la Spyker à Tomsk pour la réparation. Celle-ci effectuée c’est comme un fou qu’il rattrape son retard en roulant 24 heures d’affilées. En deux semaines il a parcouru la même distance que Borghèse en deux et les De Dion en cinq.

Mais c’est le Prince qui triomphe à Paris 62 jours après le départ de Pékin, accueilli par un orchestre juché sur l’impérial d’un autobus.

Les trois autres concurrents se sont rejoints et leur fraternité retrouvée, naviguent de conserve. Pourtant au passage de la frontière allemande la Spyker est arrêtée. Godard se retrouve au poste de police. Les autorités lui reprochent indélicatesses et dettes qu’il aurait commise. Il risque 17 mois fermes. Ses frasques n’expliquent pas tout. Nous devons y voir l’œuvre du Marquis déjà humilié par l’arrivée de l’Itala. Comment accepter en plus une deuxième place pour la Spyker (supérieure aux De Dion par ailleurs).

Mais la marque néerlandaise ne s’en laisse pas compter et délègue son pilote d’usine pour terminer la course. Naturellement il rattrape les Français, les double mais beau joueur en vue de l’arrivée leur laisse prendre les deuxième et troisième places.

L’humiliation du pauvre marquis est totale d’autant que Godard est relâché quelques heures plus tard.

Nous sommes le 30 aout 1907 le Pékin-Paris est terminé, la légende commence.

Pékin Paris - 4 -