La chronique historique « signée Donec » : Adieu sacré Chichi!

La France, chacun le sait, est une monarchie républicaine dont les rois sont de passage. Pourtant ils finissent toujours par exaspérer la multitude volontiers frondeuse.

Jacques Chirac n’a pas manqué de sacrifier à cette tradition, pourtant par son charisme, son humanisme et la présence à ses cotés d’une duègne prompte à éloigner de sa vue les jolies filles, il est devenu le « bien aimé ».

Quoi de plus naturel !

L’adolescent Chirac est déjà attachant, ses parents sont réfugiés chez Potez au Rayol près de Toulon. Le 15 aout 1944 c’est le débarquement de Provence. Il est aux premières loges, d’autant que ses parents hébergent le mythique Général Diégo Brosset chef de la première division française libre. Quelques mois plus tard le général est victime d’un accident de la route. Bouleversé Jacques baptise l’avenue qui relie le Rayol à la route nationale « avenue du Général Brosset ».

Trente ans plus tard, l’écriteau y était encore… Etienne Gola, maire du Rayol découvre qui en est l’auteur et  demande au premier ministre Chirac d’inaugurer la plaque officielle. Ce qui fut fait.

Notre ami, selon Gilberte Housset pharmacienne à Lagraulière et gaulliste de choc, fut séduit au temps de l’appel de Stockholm par les gilets jaunes moscoutaires. Cela ne dura pas mais laissa des traces. Ainsi il sera écarté sans raison apparente du classement du peloton des élèves-officiers de réserve de Saumur. C’est le général Koenig qui le rétablira dans ses droits lui déclarant en le tutoyant : « Il n’y a rien dans ton dossier, sauf cette histoire d’appel de Stockholm. Encore une connerie des RG, j’ai supprimé ta fiche. Tu vas retrouver ton rang ».

En Algérie il ne manquera pas de se distinguer à la tête de ses hommes comme le 12 janvier 1957 à El Krarba il intervient sans ordre pour dégager des camarades pris à partie par une bande rebelle.

Voilà l’homme qui marqua plusieurs dizaines d’années de la vie politique française dont il fut le grand fauve impitoyable,  opportuniste et séducteur incorrigible de cet univers.

La chronique historique « signée Donec » : Héros Brestois

Un clou chassant l’autre les hommes ont une propension certaine à oublier les drames et catastrophes qu’ils subissent quelle qu’en soit l’ampleur.

Qui se souvient du drame à Brest de l’Ocean-Liberty en dehors sans doute de Yann Riou ?

Ce bâtiment est un Liberty-ship construit en 1943 et passé sous pavillon norvégien. Il jauge 7200 tonneaux. Le 28 juillet 1947, il est dans le port de Brest qui est encore très loin de s’être remis des terribles bombardements de la guerre. L’Océan-Liberty a appareillé de New-York le 11 juillet avec un chargement d’objets manufacturés mais surtout entreposés dans la cale 3, des fûts de nitrate d’ammonium, substance fourbe et hautement explosive.

La température de ce 28 juillet est étouffante, à l’ombre, le thermomètre atteint 27 degrés. Les dockers s’affairent pour décharger le navire. Les cales sont surchauffées. Le grutier découvre tout à coup une épaisse fumée orange qui s’échappe de la cale 3 dont le contenu est destiné au Havre. Tous évacuent le bord. Il est 12h25. Les autorités portuaires prennent les choses en main, font ouvrir les panneaux de cale et arrosent la coque pour refroidir la cargaison. A 13h15 trois violentes explosions retentissent. Il est décidé d’évacuer le navire vers le large en dépit du vent qui s’est levé. Les remorqueurs Plougastel et Portzic prennent tant bien que mal l’Océan-Liberty en remorque. A 13h30 on fait évacuer les ouvriers du port. La coque du bâtiment est brûlante. En le remorquant par l’arrière on parvient à le sortir du port. Il est décidé de le saborder. Après plusieurs tentatives infructueuses, l’enseigne de vaisseau Yves BIGNON, directeur des « Abeilles Portuaires » décide de placer une charge explosive contre la coque. Il embarque sur une vedette avec un courageux volontaire, François QUERE, il est 17h15. Leurs efforts sont vains.

A 17h24 le cargo explose entraînant dans la mort Yves BIGNON et François QUERE. L’onde de choc est perçue à plus de 20 kilomètres et un champignon de quatre kilomètres de hauteur s’élève. Il se met à pleuvoir sur Brest des milliers de morceaux du navire disloqué qui allument un grand nombre d’incendies dans toute la ville.

Le bilan est éloquent, 26 morts, 500 blessés, 4 à 5000 maisons détruites sans parler des vitres soufflées.

BIGNON et QUERE connaissaient les risques encourus, le 16 avril précédent, le Gandcamp, autre liberty ship transportant le même produit hautement explosif se désintégrait à Texas-City faisant 600 morts et 5000 blessés.

La chronique historique « signée Donec » : Les filles prennent le pouvoir

vers 1914 les filles étaient reléguées à des postes subalternes et sans avenir. Pour lever la tête hors de l’eau elles devaient être d’une trempe exceptionnelle à l’image de Nicole Girard-Mangin, médecin, maîtresse-femme et …suffragette.

D’origine meusiennne, Nicole MANGIN naît à Paris en 1878. A 18 ans elle entame des études de médecine et se marie deux ans plus tard avec André Girard négociant en vin fortuné. Elle travaille d’abord avec son mari mais en 1903, lasse de compter les bouteilles revient à la médecine. Elle présente sa thèse sur les poisons cancéreux en 1906. En 1914 la voilà au dispensaire de Beaujon.

Quand la guerre éclate, elle ne barguigne pas avec le patriotisme et s’engage. L’armée qui pense avoir affaire à Gérard MANGIN l’envoie comme médecin-auxiliaire à l’hôpital de Bourbonne-les-Bains. Bien en peine de se trouver un uniforme, elle en confectionne un en s’inspirant des femmes médecins britanniques.

Voulant se rapprocher de l’action, elle permute avec un confrère et s’installe à Reims. Elle accomplit son sacerdoce avec rigueur, fermeté et une infinie compassion. Pourtant au début de l’année 1916 mutée à Vacherauville dans un hôpital de campagne à quelques kilomètres de Verdun rien ne lui sera épargné. Femme, on lui interdit l’accès de l’hôpital. Mais son autorité, son charisme, sa compétence ne se discutent pas. Elle se rend indispensable.

Le 21 février 1916, désemparée, elle assiste à la déroute française. Le 25 février l’évacuation est ordonnée, il reste 9 blessés intransportables, elle décide de rester avec eux. Pendant deux nuits, elle connaît l’angoisse avant de ramener quatre des plus atteints à Clermont-en-Argonne, avec son chauffeur. Au cours du détour par Sivry-la-Perche, elle est légèrement touchée par un fragment de mica. Elle parvient à déposer ses patients à Froidos et repart à Bar-le-Duc où sont encore les cinq autres, en pleine zone de combat. Pour ce fait d’armes, elle est promue médecin-major en 1916.

On lui confie alors la direction de l’hôpital-école Edith Cavell à Paris où sont formées les infirmières auxiliaires.

Après la guerre, la terrible épidémie de grippe espagnole se déclare faisant des victimes par milliers. Nicole Girard-Mangin est à nouveau à la manœuvre ferraillant avec l’administration pour donner le meilleur à ses malades.

Elle disparaît il y a juste un siècle, le 6 juin 1919 pour avoir absorbé une trop forte dose de médicaments dans des circonstances qui restent troubles.

La chronique historique « signée Donec » : Helie Dunoix de Saint Marc

Le siècle passé ne manque pas de personnages hauts en couleur qui se sont plus ou moins brisé les os lors des tragédies qui le jalonnèrent. Hélie de Saint Marc, belle figure de condottiere fut de ceux-là.

Je viens de terminer sa biographie « d’honnête homme », une vie d’aventurier qui traverse le siècle des totalitarismes. Il s’était adolescent jeté à corps perdu dans la résistance, déporté à Buchenwald, c’est un miracle qu’il ait retrouvé son bordelais natal. Mais le pays qu’il redécouvre ne lui convient plus. Il n’a pas le goût de la vie petite bourgeoise des « trente glorieuses ». Il entre à Saint-Cyr et intègre la Légion. Ce sera la grande affaire de sa vie. L’Empire français jette ses derniers feux mais sa déconfiture allait être particulièrement cruelle. Pourtant dans ces années d’après-guerre tous croient encore en la grandeur retrouvée de notre pays.

« Adieu vieille Europe », Il embarque pour l’Indochine .

Affecté à la surveillance de la mythique route coloniale numéro 4 dont le rôle sera avant tout de faire fondre les effectifs et de boire le sang des hommes, Il est immédiatement fasciné par le peuple vietnamien. Il se mêle aux populations locales, apprend la langue…et découvre le communisme tel qu’on le parle. Derrière le romantisme et la fraternité se dissimule un régime impitoyable sans la moindre considération pour l’Homme.

Vue de France, c’est la « sale guerre », celle que mènent le grand capital et ses séides contre le gentil peuple indochinois. Pourtant toute honte bue, la France abandonnera ces populations. Nous pouvons imaginer le choc que cette attitude provoquera chez tous ces jeunes officiers qui croyaient dur comme fer à leur mission civilisatrice et à leur croisade anticommuniste.

Après le Viet-Nam c’est en Algérie qu’il va mener un nouveau combat mais avec d’autre perspectives, après tout « l’Algérie n’est-elle pas la France ? » . Les discussions avec les Pieds-Noirs passionnés sont sans fin. Comme l’écrit notre condottiere « En considérant jusqu’à l’aveuglement que l’aide de la nation française était un dû, ils ont bloqué les réformes ». La guerre révolutionnaire menée par le FLN, la mise au ban des nations de notre pays, le réalisme du général de Gaulle porté vers d’autres objectifs et l’opposition du peuple de France à cette guerre vont déboucher sur le terrible exode de 1962. Pour Helie Dunoix de Saint Marc ça ne passe pas . Comment abandonner des populations entières à commencer par nos supplétifs, les harkis, aux couteaux des justiciers du FLN ?

Bien entendu l’aventure de notre héros se terminera devant un juge d’instruction vaniteux s’imaginant interroger un de ces officiers, partisans ambitieux et fanatiques. Il avait en face de lui un lecteur de Camus.
-« Je préfère finir fusillé dans un fossé de Vincennes plutôt que de continuer ce métier de parjure ! »

Le verdict tombe : 10 ans de réclusion criminelle. Il sera libéré en 1966. Les années passant, les honneurs ne lui seront pas ménagés, chaque président de la République ayant à cœur de révérer un homme digne de tout notre respect.

La chronique historique « signée Donec » : Une belle anecdote

La guerre est le moment où l’imaginaire le plus violent s’exprime envoyant par-dessus les moulins toute trace de civilisation

Pourtant à de rares occasions l’esprit chevaleresque  fait une petite apparition,  son auteur ne faisant pas la folie de s’en vanter

Ainsi le 20 décembre 1943, après un bombardement réussi sur Brème, le Boeing B17 F Ye  Old Pub piloté par le lieutenant Charles « Charlie » Brown avait été gravement endommagé par une douzaine de Messerschmitt 109 et Foke Wulf 190 de la Jagdgeschwader 1. Plusieurs moteurs touchés, circuits d’oxygène, d’hydrauliques, et électriques endommagés. La moitié de la gouverne de direction et la gouverne  de profondeur gauche arrachées.

« Ye olde Pub » avait été réduit à l’état d’épave qui ne tenait plus en l’air que par l’opération du Saint-Esprit… A l’agonie, la « Forteresse Volante » ne pouvait même plus se défendre n’ayant plus que trois mitrailleuses sur les 11 encore opérationnelles. La plupart des membres de l’équipage avaient de toute façon été blessée. L’as de la Luftwaffe Franz Stigler, aux commandes d’un Me 109 rejoignit alors le bombardier qui se trainaît vers la Grande-Bretagne. Voyant l’état du B-17, lui revinrent alors à l’esprit les paroles de son supérieur à la JG 27, Gustav Rödel en Afrique du Nord : « Vous êtes des pilotes de chasse aujourd’hui, demain, toujours. Si jamais j’apprends que l’un d’entre vous a attaqué un pilote en parachute, je le tuerai moi-même ». Stigler raconta plus tard : « pour moi c’est comme s’ils avaient été sous leur parachute, je ne pouvais pas les abattre ». Par deux fois Stigler essaya de faire comprendre à Brown de poser son avion endommagé sur un aérodrome allemand ou de se dérouter sur la Suède, pays neutre où ils auraient été internés pour le reste de la guerre. Mais ni Brown ni aucun membre de l’équipage ne comprirent ce que Stigler voulait signifier par signe.

L’Allemand continua à voler en formation serrée avec le « Ye Olde Pub » empêchant de fait la Flak de tirer sur le bombardier et l’escorta jusqu’à la côte.

Brown incertain des intentions réelles de Stigler, ordonna que la tourelle dorsale soit pointée vers le chasseur mais de ne pas ouvrir le feu, pour le mettre en garde.
Ayant compris le message et après s’être assuré que le bombardier avait quitté l’espace aérien allemand, Stigler salua et rentra à sa base. « Ye Olde Pub » parvint à voler jusqu’à Seething, base du 448th Bomb Group où Brown informa ses supérieurs de cette histoire lors de son débriefing.

Stigler de son coté ne fit aucun rapport sur cet incident (on s’en doute) sachant qu’épargner un ennemi lui aurait valu le peloton d’exécution.

Franz Stigler et Charlie Brown se sont rencontrés 40 ans plus tard et restèrent amis jusqu’à leur mort.