La chronique historique « signée Donec » : Genevoix au Panthéon, ce n'est pas trop tôt!

Les écrivains qui nous ont immergés dans l’enfer de 1914 sont nombreux et beaucoup le font avec réalisme et talent, pourtant trois dominent le débat de la tête et des épaules c’est Blaise Cendrars avec la « Main coupée », Louis Ferdinand Céline et son « Voyage au bout de la nuit » sans oublier Maurice Genevoix avec ses témoignages aux les titres suffisamment évocateurs « Sous Verdun », « Nuit de guerre », « au seuil des guitounes », « La boue » et « Les Eparges ».Les téléspectateurs « d’Apostrophe » ou les auditeurs de « Radioscopie » n’ont pas oublié la voix de ce vieux jeune homme dynamique. Avec lui nous partageons l’existence même des « bonhommes » dans cette expérience effroyable où l’élite de l’Europe a laissé la vie. Le texte est extrêmement précis et vivant et loue cette extraordinaire camaraderie des tranchées. Il nous livre un récit poignant de l’instant de sa grave blessure. Il souffre mais voit tout et décrit chacun des protagonistes qui se penchent sur lui. Il pense que sa fin est proche. Et il n’a pas envie de partir de quitter sa famille du front.

Deux jours plus tôt, sur le même champ de bataille c’est l’écrivain allemand Ernst Jünger, futur auteur « d’Orages d’acier » qui était blessé.

Genevoix était devenu auteur par la grâce d’Ernest Lavisse directeur de l’Ecole Normale Supérieure où il avait fait ses études. Celui-ci avait demandé à tous les normaliens de correspondre avec lui et de décrire ce qu’ils vivaient. Très vite, il avait découvert le talent de ce jeune homme sportif et facétieux. Il l’incitera ensuite à publier le texte de « Ceux de 14 ». Il signera la préface.

En 1934 Genevoix obtiendra le Goncourt pour un beau roman de nature et de braconnage « Raboliot ».
Aux Vernelles, face à la Loire Il construira son œuvre. Nous y retrouverons son amour de l’eau, des animaux, des arbres et des fleurs. Nous y voyons l’empreinte des épreuves mortifères subies pendant la guerre et une échappée vers son grand amour de la vie.

La chronique historique « signée Donec » : Adieu sacré Chichi!

La France, chacun le sait, est une monarchie républicaine dont les rois sont de passage. Pourtant ils finissent toujours par exaspérer la multitude volontiers frondeuse.

Jacques Chirac n’a pas manqué de sacrifier à cette tradition, pourtant par son charisme, son humanisme et la présence à ses cotés d’une duègne prompte à éloigner de sa vue les jolies filles, il est devenu le « bien aimé ».

Quoi de plus naturel !

L’adolescent Chirac est déjà attachant, ses parents sont réfugiés chez Potez au Rayol près de Toulon. Le 15 aout 1944 c’est le débarquement de Provence. Il est aux premières loges, d’autant que ses parents hébergent le mythique Général Diégo Brosset chef de la première division française libre. Quelques mois plus tard le général est victime d’un accident de la route. Bouleversé Jacques baptise l’avenue qui relie le Rayol à la route nationale « avenue du Général Brosset ».

Trente ans plus tard, l’écriteau y était encore… Etienne Gola, maire du Rayol découvre qui en est l’auteur et  demande au premier ministre Chirac d’inaugurer la plaque officielle. Ce qui fut fait.

Notre ami, selon Gilberte Housset pharmacienne à Lagraulière et gaulliste de choc, fut séduit au temps de l’appel de Stockholm par les gilets jaunes moscoutaires. Cela ne dura pas mais laissa des traces. Ainsi il sera écarté sans raison apparente du classement du peloton des élèves-officiers de réserve de Saumur. C’est le général Koenig qui le rétablira dans ses droits lui déclarant en le tutoyant : « Il n’y a rien dans ton dossier, sauf cette histoire d’appel de Stockholm. Encore une connerie des RG, j’ai supprimé ta fiche. Tu vas retrouver ton rang ».

En Algérie il ne manquera pas de se distinguer à la tête de ses hommes comme le 12 janvier 1957 à El Krarba il intervient sans ordre pour dégager des camarades pris à partie par une bande rebelle.

Voilà l’homme qui marqua plusieurs dizaines d’années de la vie politique française dont il fut le grand fauve impitoyable,  opportuniste et séducteur incorrigible de cet univers.

La chronique historique « signée Donec » : L’erreur d’être un précurseur

Le nom du  docteur Ignace Semmelweis est parvenu jusqu’à nous grâce à un autre médecin, Louis Ferdinand Destouches, Céline en littérature. En effet la thèse de doctorat de ce sale type de génie portait sur Semmelweis.

Jeune assistant, ce médecin hongrois, né en 1818 était révolté par la mortalité des femmes  par fièvre puerpérale dans les jours qui suivaient l’accouchement. Il officiait dans des cliniques où venaient échouer les femmes les plus pauvres de Vienne, les seules à  être obligées d’affronter de tels mouroirs.

Semmelweis eut l’idée de proposer l’expérience suivante, faire deux groupes de médecins. Le premier devait avant de toucher les parties génitales de ses patientes se laver les mains à la chaux. Le second  continuait comme autrefois. Dans le premier groupe le résultat fut spectaculaire, la mortalité passa de une sur trois à une sur vingt.

Un tel résultat aurait dû révolutionner le comportement des médecins mais ce ne fut pas exactement ce qui arriva. Semmelweis fut licencié sans autre forme de procès. En effet les jeunes et vieilles barbes réactionnaires raidies dans leurs habitudes ne pouvaient accepter qu’un « blanc-bec » leur explique le monde et leur donne un surcroît de travail. Pensez donc, se laver les mains ! Ses collègues se mutinèrent, le ridiculisèrent et obtinrent son renvoi. Belle manip !

Il faudra attendre Pasteur pour comprendre scientifiquement ce que Semmelweis avait subodoré de manière empirique et que les bonnes mesures soient enfin prises.

La chronique historique « signée Donec » : Héros Brestois

Un clou chassant l’autre les hommes ont une propension certaine à oublier les drames et catastrophes qu’ils subissent quelle qu’en soit l’ampleur.

Qui se souvient du drame à Brest de l’Ocean-Liberty en dehors sans doute de Yann Riou ?

Ce bâtiment est un Liberty-ship construit en 1943 et passé sous pavillon norvégien. Il jauge 7200 tonneaux. Le 28 juillet 1947, il est dans le port de Brest qui est encore très loin de s’être remis des terribles bombardements de la guerre. L’Océan-Liberty a appareillé de New-York le 11 juillet avec un chargement d’objets manufacturés mais surtout entreposés dans la cale 3, des fûts de nitrate d’ammonium, substance fourbe et hautement explosive.

La température de ce 28 juillet est étouffante, à l’ombre, le thermomètre atteint 27 degrés. Les dockers s’affairent pour décharger le navire. Les cales sont surchauffées. Le grutier découvre tout à coup une épaisse fumée orange qui s’échappe de la cale 3 dont le contenu est destiné au Havre. Tous évacuent le bord. Il est 12h25. Les autorités portuaires prennent les choses en main, font ouvrir les panneaux de cale et arrosent la coque pour refroidir la cargaison. A 13h15 trois violentes explosions retentissent. Il est décidé d’évacuer le navire vers le large en dépit du vent qui s’est levé. Les remorqueurs Plougastel et Portzic prennent tant bien que mal l’Océan-Liberty en remorque. A 13h30 on fait évacuer les ouvriers du port. La coque du bâtiment est brûlante. En le remorquant par l’arrière on parvient à le sortir du port. Il est décidé de le saborder. Après plusieurs tentatives infructueuses, l’enseigne de vaisseau Yves BIGNON, directeur des « Abeilles Portuaires » décide de placer une charge explosive contre la coque. Il embarque sur une vedette avec un courageux volontaire, François QUERE, il est 17h15. Leurs efforts sont vains.

A 17h24 le cargo explose entraînant dans la mort Yves BIGNON et François QUERE. L’onde de choc est perçue à plus de 20 kilomètres et un champignon de quatre kilomètres de hauteur s’élève. Il se met à pleuvoir sur Brest des milliers de morceaux du navire disloqué qui allument un grand nombre d’incendies dans toute la ville.

Le bilan est éloquent, 26 morts, 500 blessés, 4 à 5000 maisons détruites sans parler des vitres soufflées.

BIGNON et QUERE connaissaient les risques encourus, le 16 avril précédent, le Gandcamp, autre liberty ship transportant le même produit hautement explosif se désintégrait à Texas-City faisant 600 morts et 5000 blessés.

La chronique historique « signée Donec » : Les filles prennent le pouvoir

vers 1914 les filles étaient reléguées à des postes subalternes et sans avenir. Pour lever la tête hors de l’eau elles devaient être d’une trempe exceptionnelle à l’image de Nicole Girard-Mangin, médecin, maîtresse-femme et …suffragette.

D’origine meusiennne, Nicole MANGIN naît à Paris en 1878. A 18 ans elle entame des études de médecine et se marie deux ans plus tard avec André Girard négociant en vin fortuné. Elle travaille d’abord avec son mari mais en 1903, lasse de compter les bouteilles revient à la médecine. Elle présente sa thèse sur les poisons cancéreux en 1906. En 1914 la voilà au dispensaire de Beaujon.

Quand la guerre éclate, elle ne barguigne pas avec le patriotisme et s’engage. L’armée qui pense avoir affaire à Gérard MANGIN l’envoie comme médecin-auxiliaire à l’hôpital de Bourbonne-les-Bains. Bien en peine de se trouver un uniforme, elle en confectionne un en s’inspirant des femmes médecins britanniques.

Voulant se rapprocher de l’action, elle permute avec un confrère et s’installe à Reims. Elle accomplit son sacerdoce avec rigueur, fermeté et une infinie compassion. Pourtant au début de l’année 1916 mutée à Vacherauville dans un hôpital de campagne à quelques kilomètres de Verdun rien ne lui sera épargné. Femme, on lui interdit l’accès de l’hôpital. Mais son autorité, son charisme, sa compétence ne se discutent pas. Elle se rend indispensable.

Le 21 février 1916, désemparée, elle assiste à la déroute française. Le 25 février l’évacuation est ordonnée, il reste 9 blessés intransportables, elle décide de rester avec eux. Pendant deux nuits, elle connaît l’angoisse avant de ramener quatre des plus atteints à Clermont-en-Argonne, avec son chauffeur. Au cours du détour par Sivry-la-Perche, elle est légèrement touchée par un fragment de mica. Elle parvient à déposer ses patients à Froidos et repart à Bar-le-Duc où sont encore les cinq autres, en pleine zone de combat. Pour ce fait d’armes, elle est promue médecin-major en 1916.

On lui confie alors la direction de l’hôpital-école Edith Cavell à Paris où sont formées les infirmières auxiliaires.

Après la guerre, la terrible épidémie de grippe espagnole se déclare faisant des victimes par milliers. Nicole Girard-Mangin est à nouveau à la manœuvre ferraillant avec l’administration pour donner le meilleur à ses malades.

Elle disparaît il y a juste un siècle, le 6 juin 1919 pour avoir absorbé une trop forte dose de médicaments dans des circonstances qui restent troubles.