La chronique historique « signée Donec » : La faute à Louis XIV

En mille neuf cent quatorze le paquebot « Provence » avait été rebaptisé « Provence II » pour ne pas être confondu avec le cuirassé éponyme.

En février 1916, son commandant, le capitaine de Frégate Vasco reçoit pour mission de transporter rapidement le plus de combattants possible de Toulon à Salonique. Petit détail qui aura son importance par la suite, on prévoit d’embarquer deux mille trois cents hommes alors que seulement mille trois cents peuvent prendre place à bord des différents moyens de sauvetage. Plusieurs sous-marins allemands ayant passé Gibraltar le commandant éprouve de ce fait quelques inquiétudes. Il se rend à la Préfecture Maritime pour exprimer son opposition à une attitude aussi désinvolte mais se heurte à un mur. L’administration de la guerre gère les transports et la Marine n’a qu’un droit de regard sur l’opération.

Le « Provence » appareille donc. II file quinze nœuds en zigzagant comme le veut la navigation sécurisée de l’époque. Chaque matin un exercice d’évacuation est organisé en prévision d’un torpillage inopiné.

Soudain, le 26 février, à 15h10, c’est le drame. En dépit d’une manœuvre désespérée le bâtiment reçoit une torpille à tribord au niveau du mât arrière. L’eau s’engouffre par l’énorme brèche de la cale arrière.

Le commandant ordonne alors l’évacuation,  malheureusement les biffins, inexpérimentés en dépit de l’aide apportée par l’équipage, dans la plus grande confusion, descendent les baleinières où tous ne peuvent prendre place.

Le premier maître Pian, l’opérateur du poste de radio sans relâche lance des SOS. Ceux-ci sont malgré tout captés par des navires voisins.

Le bâtiment se dresse à la verticale et coule, il a fallu seulement 17 minutes pour qu’il disparaisse. Le commandant Vasco reste à bord. Il y a onze cents victimes soit le nombre précis des passagers que le commandant souhaitait débarquer.

Le submersible U35 qui torpilla le « Provence II » était commandé par le lieutenant de vaisseau Arnault de la Perrière un des as de la guerre sous-marine. Il descendait d’une famille de huguenots français chassés ignominieusement par Louis XIV et sa désastreuse révocation de l’Edit de Nantes en 1685. Cet officier devenu amiral commanda les forces allemandes à Brest et disparut dans le bombardement de cette ville.

La chronique historique « signée Donec » : Il y a 74 ans, le Wilhelm Gustloff

Quand on parle de naufrage tous les amateurs de frayeurs navales pensent au Titanic. Il est vrai que ce fut une belle catastrophe mais l’on fit beaucoup mieux le 30 janvier 1945.

Pressés par la grande armée Rouge dont on ne louera jamais assez l’humanité, des milliers de malheureux se pressent à Gotenhafenen en Prusse orientale pour embarquer sur divers paquebots dont le Willhelm Gustloff. Ce bâtiment porte le nom d’un héros nazi, activiste au NSDAP, antisémite forcené et déséquilibré notoire. Un étudiant juif, David Franckfurter, va l’assassiner le 4 février 1936 à Davos pour « réveiller son peuple ».

Le 30 janvier 1945 ce bâtiment lève l’ancre avec l’espoir de rejoindre le port de Kiel. Il doit y avoir environ 10 000 personnes dont 4 000 enfants et adolescents.

En embuscade, Alexandre Marinesko capitaine d’un sous marin Russe, guette le passage du bâtiment. Il fait lancer 4 torpilles dénommées « Pour la mère Patrie », « Pour Staline », « Pour le peuple soviétique », « Pour Leningrad ». Elles frappent le paquebot et je vous laisse imaginer l’horreur de la suite.

Il y aura 996 survivants.

Alexandre Marinesko avait bien mérité de la patrie il sera fait héros de l’union soviétique. Pour la morale le Bel Alexandre mourra à 50 ans victime des remords et de la « dive Wodka »

La chronique historique « signée Donec » : Un homme de caractère Martin Dauch

Le serment du jeu de paume s’inscrit dans la geste révolutionnaire au même titre que la prise de la bastille ou la nuit du 4 août.

Nous sommes à Versailles par une triste journée pluvieuse. Les représentants du Tiers-Etats sont convoqués à l’hôtel des menus-plaisirs, siège des états généraux. Mais à l’heure dite, ils trouvent porte close et un détachement des gardes-françaises en condamne l’accès. La salle doit en effet être décorée pour une séance que le roi présidera.

« Au jeu de paume ! » s’écrit le docteur GUILLOTIN célèbre médecin parisien. Voilà donc les six cents députés qui se dirigent, tous très excités, vers cette salle qui servit aux ébats sportifs de Louis XIV et du Dauphin. Bailly est désigné président de séance. Mounier député de Grenoble propose que tous les membres présents fassent serment de ne jamais se séparer, de se réunir partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la constitution du royaume sait établie et affermie sur des fondements solides. Tous sont invités à prêter serment. Le désordre et l’enthousiasme sont indescriptibles.

C’est dans ce vacarme que Martin Dauch, député du baillage de Castelnaudary se dresse : « Mes électeurs ne m’ont pas envoyé pour insulter et déchirer la monarchie, je proteste contre le serment adopté ! ».

On essaye de le faire changer d’avis mais il tient bon et inscrit à coté de son nom le mot « opposant ». C’est l’indignation. Considéré comme traitre, il ne doit la vie sauve qu’à la présence d’esprit d’un huissier, Guillot qui le fait disparaître par une porte dérobée.

Le lendemain Bailly tentera bien de le faire revenir sur sa décision mais c’est un échec. On lui conseille de ne pas paraître à l’assemblée mais l’homme est courageux, il n’en a cure.

Quand Louis XVI se rend à l’assemblée pour donner son agrément à la Constitution tous les députés restent assis, chapeau sur la tête en signe de protestation. Un seul se lève et se découvre : Martin Dauch.

De retour à Castelnaudary il se désintéresse de la politique. Pourtant les vrais sans-culottes l’ont dans leur collimateur et tentent de l’assassiner. Il déménage à Toulouse où il est arrêté et mis en prison. Fâcheux présage me direz-vous. Heureusement son nom est orthographié « Martin d’Auch ». Les recruteurs du bourreau pensent alors qu’ils ont affaire à un pauvre type natif de cette ville.

Après la terreur il rentre chez lui pour mettre en valeur le domaine familial sans rancune pour ses anciens collègues. Il mourra en 1801.

Si l’on observe le tableau de David, alors fougueux révolutionnaire, on découvre Martin, les bras croisés, assis, la tête inclinée sous le poids de la honte qu’assurément il n’éprouvait pas.

La chronique historique « signée Donec » : 1962 terreur à Oran

La colonisation française fut à bien des égards un aimable apartheid. A l’inverse des Anglo-Saxons qui méprisaient absolument les « natives », les Français aimaient la population musulmane. Ils pensaient l’avoir sortie de la barbarie et de l’obscurantisme en lui apportant un vernis civilisateur.

Malheureusement cet amour n’était pas réciproque et beaucoup cachaient une haine inextinguible amplifiée par « l’injuste colonisation ».

Comme la violence est accoucheuse de l’Histoire toute une jeunesse algérienne allait se jeter dans une guerre révolutionnaire où les plus malins allaient se tailler des empires et les autres une place à la droite d’Allah.

Le général de Gaulle tout à ses rêves de modernisation du pays se désintéressa de l’affaire, laissant les Pieds Noirs à leur misère et leur vie brisée.

Le « printemps de l’indépendance » fut particulièrement douloureux pour les « Européens d’Algérie », les exactions du FLN annonçant des lendemains difficiles.

L’ultime explosion se produisit le 5 juillet 1962 à Oran quand la populace déchaînée, mêlée aux « libérateurs » laissa libre cours à sa folie meurtrière. Ce n’était au demeurant que l’expression traditionnelle de l’optimisme révolutionnaire. Nous avons tous connu ça.

Dans cette atmosphère de fin du monde, la garnison resta l’arme au pied. Le général Katz responsable du secteur d’Oran se moquant comme d’une guigne de ce qui se passait sous ses fenêtres. Il attendait les ordres.

Cela n’empêchera pas ce personnage controversé, parti de rien, de poursuivre une carrière brillante qui le verra accéder aux plus hautes distinctions.
Pour la petite histoire, il avait mis aux « arrêts de rigueur », le 11 juillet 1962, le lieutenant Rabah KHELIFF coupable d’avoir fait libérer des geôles FLN des centaines de prisonniers européens.

La chronique historique « signée Donec » : Vito Dumas et son Legh II

Moitessier et son Joshua, Tabarly et son Pen Duick tout le monde connaît, mais Vito Dumas et son Legh II c’est une autre histoire !
Pourtant le personnage vaut le détour. Né en 1900, Argentin, sportif accompli, il se distingue par une force morale peu commune. Il allait le prouver en accomplissant quelques exploits.

En 1931, après l’échec d’une tentative de traversée de la Manche à la nage, nous le retrouvons à Arcachon. Pour retourner au pays, par manque de moyens, il y achète un voilier de 1912 à l’abandon, Legh. En dépit de l’état lamentable du bateau et de son inexpérience de navigateur en 76 jours il atteint Buenos Aires le 11 avril 1932.

Mis en jambe par ce premier voyage, il décide de réaliser un tour du monde par les latitudes australes avec son Lehg 2, ketch marconi de 9.5 m de long. Son appareillage a lieu le 27 juin 1942 date qui se situe, comme chacun sait en pleine seconde guerre mondiale.

Pour corser la fête, il choisit de faire route au niveau du 40ème degré de latitude sud, haut lieu de tempêtes permanentes. S’il est un peu secoué, le trafic est faible et offre donc une certaine sécurité. Les sous-marins et les convois s’étripent plutôt dans l’Atlantique Nord. Un petit voilier battant pavillon neutre ne pouvait intéresser les belligérants. En plus ne disposant pas de TSF, il ne risquait pas d’être accusé d’espionnage.

Pour se faire idée de l’envergure du personnage, voici une petite anecdote. Au début de la croisière une voie d’eau se déclare à un endroit difficile d’accès. En la réparant il se blesse aux mains et ses blessures s’infectent (le bâtiment est particulièrement malpropre). L’état de la mer lui interdit de faire bouillir de l’eau et les médicaments dont il dispose sont peu efficaces. Son bras enfle démesurément l’entraînant inexorablement vers la gangrène et la mort. Il envisage alors le plus sérieusement du monde de s’auto-amputer le bras au niveau du coude. Pourra-t-il alors survivre ? Pourtant un abcès qui s’était formé se perce spontanément, purgeant l’infection. Il ne manquera pas de curer la plaie avec le poinçon de son couteau et vogue la galère.

A son retour le 7 novembre 1943 il sera accueilli comme un héros en Argentine. Le tour du monde accompli fut l’un des plus courts mais aussi l’un des plus durs, il fut par ailleurs le premier à doubler le Cap Horn en solitaire et à avoir survécu.

Après SLOCUM mais avant CHICHESTER, MOITESSIER et tous les fils et filles de TABARLY, il a navigué seul dans des conditions extrêmes avec des moyens misérables. Il a pourtant taillé sa route et survécu, pour cela il mérite notre admiration.

Il tira de son exploit plusieurs livres dont « seul cap sous la Croix du Sud » et « seul par les mers impossibles » qui ne lui apportèrent pas la fortune. Dans son pays, l’Argentine, Il est aujourd’hui bien oublié.